Québec, le 1er octobre 2008 ——— Le refus par le premier ministre Jean Charest d’examiner en commission parlementaire la décision d’Hydro-Québec de reconstruire la centrale nucléaire Gentilly-2 est une véritable honte, estime un regroupement d’organismes qui s’opposent à la reconstruction de Gentilly-2. Le coût officiel estimé de 1,9 milliard $ pourrait vite être révisé à la hausse, quand on tient compte des dépassements de coût habituels et de la gestion à moyen et à long terme de tous les déchets radioactifs. Le regroupement « Sortons le Québec du nucléaire » réagit ainsi à une déclaration récente du premier ministre sur les ondes de Radio-Canada en Mauricie.
Alors que la construction d’un port de plaisance (marina) ou d’un petit parc éolien nécessite un processus complet d’évaluation environnementale des impacts, ainsi que des audiences publiques par le BAPE, il est aberrant selon le regroupement qu’une centrale nucléaire ne soit soumise à aucun examen public ni même à un simple débat en commission parlementaire. Pourtant les impacts réels et potentiels sur la santé et l’environnement d’une centrale nucléaire et de ses déchets radioactifs sont très importants et se poursuivent sur plusieurs générations.
Le regroupement « Sortons le Québec du nucléaire » formé de plus de 50 organisations n’entend pas en rester là et mobilisera la population contre une décision qu’elle estime insensée à l’heure des surplus énergétiques, de l’existence de filières d’énergie à faible impact et de la conservation. En attendant, elle demande aux membres de la Commission parlementaire de l’économie et du travail de passer outre à la volonté du premier ministre et d’examiner de sa propre initiative le projet Gentilly-2.
Hydro-Québec reconnaît que la centrale nucléaire de Gentilly-2 émet quotidiennement quelques 42 radionucléides dans l’eau et 49 dans l’air. La demi-vie de ces substances dans l’environnement varie de 76 minutes pour le crypton à 4,5 milliards d’années pour l’uranium 238. Toutes ces substances radioactives peuvent avoir des effets négatifs sur l’organisme humain. En exemple, le tritium dont la demi-vie est de 13 ans, peut selon nombre de documents scientifiques causer le cancer et des mutations génétiques. Chez les femmes enceintes, le tritium peut être absorbé par le foetus. Rappelons qu’en 2005 un rapport révélait des émissions du tritium tellement élevées à Gentilly que la radioactivité dans l’eau potable des communautés avoisinantes serait illégale en Californie, puisque le Québec permet un niveau de radioactivité pour le tritium de 7 000 becquerels par litre d’eau soit 467 fois plus que ne le permet la norme californienne qui est de 15 becquerels par litre d’eau.
À ce jour, aucun pays n’a trouvé de formule magique pour disposer de manière sécuritaire et socialement acceptable des déchets radioactifs des centrales nucléaires. Seulement au chapitre des déchets de combustible irradié, Gentilly-2 en a déjà produit 2 500 tonnes. Hautement radioactifs, ces déchets devront être isolés de l’environnement pour 1 million d’années.
Une autre recommandation de 2005, d’ailleurs corroborée par le ministère des Ressources naturelles, précisait la nécessité de valider les coûts projetés par Hydro Québec pour la réfection de la centrale Gentilly-2. Dès 1994, le Bureau d’audiences publiques recommandait qu’Hydro Québec rende publiques toutes les études techniques et économiques concernant la rénovation de la centrale. Aucune de ces recommandations n’a été prise en considération par le gouvernement.
Si M. Charest a en sa possession les documents d’Hydro-Québec qui justifient la réfection de Gentilly-2 des points de vue économique, technique, environnemental et d’acceptation sociale, pourquoi ne les rend-il pas accessibles aux Québécois et ne les soumet-il pas à un examen public formel (BAPE) ou à tout le moins à un débat en commission parlementaire ? Ne pas le faire, compte tenu des impacts, serait une véritable honte pour le gouvernement, de conclure le regroupement « Sortons le Québec du nucléaire ».