Le 26 février 2008 aura lieu l'inauguration de « L'Arche de Noé végétale
» dans un des lieux les plus reculés du monde, à Svalbard, dans le
Spitzberg, en Norvège. Ce projet destiné à rassembler toutes les
semences du monde dans une chambre forte est le fruit d'un accord
tripartite entre le gouvernement norvégien, le « Global Crop Diversity
Trust » et la « Nordic Gene Bank ». Le « Trust » -- financé et soutenu
notamment par la Fondation Bill et Milinda Gates, La Fondation
Rockefeller, Dupont/Pioneer, Syngenta AG, la Fondation Syngenta et la
Fédération Internationale des Semences, les plus importants lobbies de
l'industrie des semences – financera les opérations de « l'Arche ».
Le Réseau Semences Paysannes est particulièrement préoccupée par cette
initiative pour les raisons suivantes.
*Alors qu'elles se lancent dans un tel projet de « conservation » des
semences, les institutions et les entreprises industrielles
multinationales*^* * *qui financent ce projet mettent tout en place pour
anéantir les ressources génétiques mondiales:*
1 – *Elles imposent partout sur la planète des lois qui remettent en
cause les droits des paysans de conserver, utiliser, échanger et vendre
les semences reproduites à la ferme*. Après avoir pris gratuitement dans
les champs les semences sélectionnées par les paysans, l’industrie
semencière y a imprimé ses empreintes génétiques(1) destinées à marquer
sa « propriété intellectuelle » protégée par des Certificats
d’Obtentions Végétales ou des brevets. De plus, au nom du « libre marché
», les lois interdisent peu à peu aux paysans d’échanger leurs propres
semences. Elles les obligent ainsi à acheter celles de l’industrie,
seules à pouvoir être inscrites dans les catalogues officiels requis
pour toute vente. Dans de nombreux pays, les paysans n’ont même plus le
droit de ressemer leur récolte.
2 – *Elles mobilisent des milliards de dollars pour financer les
technologies génétiques* *destinées* à marquer les semences avec des
gènes brevetés et *à les rendre stériles* pour que les paysans ne
puissent plus ressemer leur récolte. Le rêve fou affiché comme objectif
de nombre de ces programmes est de fabriquer la totalité des plantes de
demain avec des gènes synthétiques: les nouveaux pirates espèrent ainsi
n’avoir même plus besoin de la clef du coffre de l'Arche de Noé, mais
seulement de celle de l’ordinateur où seront stockés la totalité des
séquences génétiques des graines qui y sont enfermées.
3 – Elles imposent au nom de la liberté du commerce des services (2)
l’abandon des politiques publiques destinées à financer les collections
nationales de semences. Celles qui ne sont pas simplement jetées à la
poubelle sont concentrées dans d’immenses collections internationales où
les semences ne sont inventoriées que par des numéros illisibles pour
les paysans qui voudraient retrouver celles qui ont été prises dans
leurs champs. Elles sont aussi toutes réduites à des collections de
gènes numérisées dans des ordinateurs destinés à préparer les
manipulations génétiques assistées par marqueurs moléculaires.
4- Elles déploient des stratégies commerciales agressives afin de
généraliser la culture des organismes génétiquement modifiés (OGM) et
autres semences de haute-technologie de par le monde, mettant en danger
la diversité des semences fermières. Par ailleurs, les OGM brevetés sont
également dispersés autour des dernières collections de semences et dans
tous les centres d’origine et de diversification des plantes cultivées
qu’ils contaminent les uns après les autres.
Ainsi, une poignée de multinationales s'apprètent à confisquer le droit
des paysans à cultiver et le droit des peuples à se nourrir. Leurs
semences manipulées sont incapables de pousser sans engrais chimiques et
pesticides, ni d’évoluer pour s’adapter aux changements climatiques.
Seules la reproduction et la sélection des semences à la ferme par les
paysans peuvent répondre à ces défis dans le respect de la santé de
l’homme et des sols.
*Le Réseau Semences Paysannes demande, conformément aux accords
internationaux sur la biodiversité *(3) *:*
- Que chaque pays de la planète reconnaisse et protège les droits des
paysans de conserver, utiliser, échanger et vendre les semences
reproduites à la ferme.
- Que toutes les semences enfermées dans les collections soient mises à
la disposition des pays et des paysans et paysannes à qui elles ont été
prises, et que la priorité soit accordée à la conservation et au
développement de la biodiversité dans les champs.
- Que les sommes aujourd’hui consacrées aux recherches en
biotechnologies végétales soient reconverties pour financer les
programmes de sélection et d'évaluation participatives destinés à
permettre aux paysans de continuer à contribuer à la conservation et au
renouvellement de la biodiversité et à la souveraineté alimentaire de
leurs communautés.
Enfermée dans une grotte, la biodiversité périra si elle ne peut en
ressortir pour être cultivée. Elle ne sera sauvée que si elle est
librement conservée et renouvelée dans les champs des paysans.
/*Pour plus d'informations:*/
Nicolas Supiot : 0 (033) 6 50 01 13 29
Guy Kastler : 0 (033) 6 03 94 57 21
_(1) <mhtml:mid://00000104/#sdfootnote1anc%23sdfootnote1anc>_«
Homogénéité et stabilité » pour le COV, « évènement génétique » pour le
brevet
_(2) <mhtml:mid://00000104/#sdfootnote2anc%23sdfootnote2anc>_Accord
Général sur le Commerce des Services
_(3) <mhtml:mid://00000104/#sdfootnote3anc%23sdfootnote3anc>_Convention
sur la Biodiversité, Traité International pour les Ressources
Phytogénétiques pour l’Agriculture et l’Alimentation